Conseil du jour : Faites du bruit pendant vos relations sexuelles !

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Sexualité

Le conseil du jour tient en trois mots, et il ne coûte rien : parlez, gémissez, faites du bruit. Non pas parce que le silence serait un problème en soi, mais parce que le son est le seul canal qui renseigne l’autre en temps réel, sans avoir à s’arrêter pour expliquer. Reste à savoir ce que les études en disent vraiment, parce que sur ce sujet précis, elles disent quelque chose d’assez inattendu.

Réponse directe : faire du bruit pendant l’amour sert d’abord de signal à votre partenaire : ce qui vient de se passer était bon, continuez. Les travaux disponibles montrent que ces sons sont largement volontaires et qu’ils ne coïncident pas forcément avec l’orgasme. Ce n’est donc pas un thermomètre du plaisir, c’est un outil de communication, et c’est précisément pour ça qu’il vaut la peine de s’en servir.

En bref

  • Brewer et Hendrie, 2011 : les vocalisations féminines ne sont pas un réflexe déclenché par l’orgasme, elles sont en grande partie choisies.
  • Prokop, 2021, sur 403 femmes : deux tiers vocalisent à chaque rapport, et aucune association entre la fréquence des sons et la survenue réelle d’un orgasme.
  • La communication sexuelle, elle, est associée à l’orgasme dans une méta-analyse de 48 études (Mallory et coll., 2019).
  • Le voisinage a un cadre légal : article R1336-5 du code de la santé publique, et tapage nocturne puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 450 euros.

Ce que les études ont trouvé, et pourquoi ça surprend

Gayle Brewer et Colin Hendrie ont publié en 2011, dans Archives of Sexual Behavior, un travail au titre limpide : les vocalisations pendant le rapport ne sont pas une conséquence réflexe de l’orgasme. Auprès de 71 femmes, ils ont observé un décalage net entre les deux : les orgasmes étaient le plus souvent rapportés pendant les préliminaires, alors que les vocalisations survenaient surtout juste avant et pendant l’éjaculation du partenaire. Les participantes décrivaient des sons produits consciemment, pour agir sur l’autre.

Pavol Prokop a prolongé le sujet dans la même revue en 2021, auprès de 403 femmes. Environ deux tiers d’entre elles déclaraient vocaliser à chaque rapport, surtout pendant la pénétration, les gémissements arrivant loin devant les cris et les mots. Et un résultat qui devrait calmer pas mal d’ego : aucune association significative n’apparaissait entre la fréquence des vocalisations et la survenue réelle d’un orgasme. Environ 38 % reconnaissaient simuler leurs sons, et cette simulation allait de pair avec la simulation de l’orgasme.

Deux limites à garder en tête : ces travaux portent sur des échantillons restreints, non représentatifs, et uniquement sur des femmes hétérosexuelles. Ils décrivent une tendance de groupe, pas votre couple en particulier.

Alors pourquoi je continue de recommander le bruit

Parce que ces résultats ne disent pas que les sons sont inutiles. Ils disent qu’ils ne sont pas un baromètre automatique du plaisir, ce qui est très différent. Un son volontaire reste un message envoyé, et c’est justement ce qui manque le plus souvent au lit.

Sur le versant de la communication, les données sont d’ailleurs beaucoup plus solides. Allen Mallory, Amelia Stanton et Ariel Handy ont réuni 48 études dans une méta-analyse parue en 2019 dans le Journal of Sex Research : la communication sexuelle dans le couple est positivement associée à l’orgasme, avec une corrélation plus forte chez les femmes que chez les hommes. Une corrélation n’est pas une preuve de cause, mais la direction est constante d’une étude à l’autre.

Un gémissement au bon moment fait passer une information qu’aucune conversation d’après ne fera passer aussi bien.

Ce que le silence installe, sans qu’on le décide

Le silence complet n’a rien de fautif, et certaines personnes n’ont tout simplement pas cette sonorité-là. Le problème apparaît quand il devient la norme par défaut, jamais choisie.

Dans ce cas, deux effets s’installent en douce. Le partenaire navigue à l’aveugle et répète des gestes qui ne servent à rien, faute de retour. Et le silence lui-même finit par devenir intimidant : plus il dure, plus le premier son coûte cher à produire. C’est ce cercle-là qui vaut la peine d’être cassé, pas le silence en soi.

Comment s’y mettre quand ça ne vient pas naturellement

Personne ne passe du mutisme au film en une soirée, et heureusement. Ce qui fonctionne ressemble plutôt à une montée progressive.

  1. Commencez par la respiration. Souffler audiblement, laisser sortir l’expiration au lieu de la retenir : c’est déjà un son, et c’est le plus facile à produire.
  2. Ajoutez des mots simples. « Là », « oui », « encore », « plus doucement ». Ce sont des indications, pas une performance, et elles sont plus utiles que n’importe quel gémissement travaillé.
  3. Réagissez au moment juste. Un son émis pile quand le geste est bon vaut mieux qu’un fond sonore permanent, qui finit par ne plus rien signifier.
  4. Parlez-en avant, une fois. Une phrase suffit : « j’ai envie d’essayer d’être moins silencieuse, ne t’étonne pas. » Ça enlève l’effet bizarre du premier soir.
  5. N’imitez rien. Le modèle des vidéos pornographiques est un décor sonore fabriqué pour un micro, pas pour une chambre.

Et si l’idée vous met franchement mal à l’aise, il n’y a rien à forcer. La pudeur sonore fait partie des différences légitimes entre deux personnes, au même titre que le reste. C’est souvent pendant les préliminaires que le premier son sort le plus facilement, parce que la pression y est moindre.

Et le voisinage, dans tout ça ?

La question du volume n’est pas qu’une plaisanterie de palier, elle a un cadre juridique précis en France. L’article R1336-5 du code de la santé publique interdit tout bruit qui, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porte atteinte à la tranquillité du voisinage, y compris dans un lieu privé. La nuit, le tapage nocturne relève de l’article R623-2 du code pénal, une contravention de troisième classe passible d’une amende pouvant atteindre 450 euros.

En pratique, personne n’a jamais été verbalisé pour un gémissement isolé. Ce qui pose problème, c’est la répétition à des heures indues dans un immeuble mal isolé. Un tapis, une tête de lit décollée du mur et un peu de musique règlent l’essentiel des situations.

Le vrai piège : simuler pour faire plaisir

C’est le point sur lequel je suis la moins souple, et les chiffres de Prokop l’expliquent bien. Utiliser sa voix pour accompagner ce qu’on ressent, très bien. L’utiliser pour donner à l’autre l’illusion d’un plaisir absent, c’est se condamner à recevoir toujours les mêmes gestes, ceux qui ne marchent pas.

Avec Yoann, c’est exactement ce que le sexologue que nous avons consulté nous a mis sous le nez : nous avions passé des mois à nous rassurer mutuellement sans rien nous dire d’utile. Le silence poli et le bruit de façade ont le même défaut, ils protègent une conversation qu’il vaudrait mieux avoir. Si ce sujet-là bloque durablement chez vous, un sexologue ou un thérapeute de couple avancera plus vite qu’une série de conseils lus en ligne, le mien compris.

Pour prolonger

Le son n’est qu’une des manières de garder le lien vivant quand la relation dure.

Faire durer une sexualité épanouie dans le temps

Article entièrement réécrit le 12 août 2026.
Sources : Gayle Brewer et Colin A. Hendrie, « Evidence to Suggest that Copulatory Vocalizations in Women Are Not a Reflexive Consequence of Orgasm », Archives of Sexual Behavior, vol. 40, 2011 ; Pavol Prokop, « Factors Influencing Sexual Vocalization in Human Females », Archives of Sexual Behavior, vol. 50 n° 8, 2021 ; Allen B. Mallory, Amelia M. Stanton et Ariel B. Handy, « Couples’ Sexual Communication and Dimensions of Sexual Function: A Meta-Analysis », Journal of Sex Research, vol. 56 n° 7, 2019 ; code de la santé publique, article R1336-5 ; code pénal, article R623-2.
Sujets que je traiterai à part : parler pendant l’amour sans se sentir ridicule, et ce que la simulation de l’orgasme coûte vraiment à un couple.