« À trois centimètres de l’entrée, sur la paroi du haut. » Voilà ce que j’ai lu partout pendant des années, et ce que disait la première version de cet article. Sauf qu’en 2017, une équipe australienne a disséqué treize corps pour aller voir ce fameux point G de ses propres yeux. Elle n’a rien trouvé de tel. Ça ne veut pas dire que la sensation n’existe pas. Ça veut dire qu’on la cherchait mal.
En bref
- Le nom vient d’Ernst Gräfenberg, qui décrivait en 1950 le rôle de l’urètre dans l’orgasme féminin. Le terme « point G », lui, date du début des années 1980.
- En 2017, Hoag, Keast et O’Connell n’ont identifié aucune entité anatomique distincte sur treize dissections de la paroi vaginale antérieure.
- La sensibilité de cette zone s’explique aujourd’hui par le voisinage du clitoris interne, de l’urètre et du vagin, ce que la littérature appelle le complexe clitoro-urétro-vaginal.
- Une douleur, une absence durable de plaisir ou une perte d’envie ne se règlent pas en cherchant un point : ce sont des motifs de consultation.
- 1 Quatre dates pour comprendre d’où sort ce nom
- 2 Ce que les dissections ont cherché, et ce qu’elles n’ont pas trouvé
- 3 Alors qu’est-ce qu’on ressent, exactement ?
- 4 Explorer cette zone sans en faire un examen
- 5 Ce que notre sexologue a répondu quand j’ai posé la question
- 6 Trois questions qui reviennent souvent
Quatre dates pour comprendre d’où sort ce nom
Le mot n’est pas né dans un laboratoire d’anatomie, il est né dans un livre grand public. Cette chronologie explique une bonne partie des malentendus.
- 1950. Le gynécologue allemand Ernst Gräfenberg décrit le rôle de l’urètre dans l’orgasme féminin. Il parle d’une zone sensible, jamais d’un « point ».
- 1981. Frank Addiego et ses coauteurs publient une étude de cas sur l’éjaculation féminine dans le Journal of Sex Research. La zone y reçoit le nom de Gräfenberg spot, en hommage au médecin.
- 1982. Le livre d’Alice Ladas, Beverly Whipple et John Perry, The G Spot and Other Recent Discoveries About Human Sexuality, lance le raccourci auprès du grand public. Il ne quittera plus les magazines.
- 2014. Emmanuele Jannini, Odile Buisson et Alberto Rubio-Casillas proposent dans Nature Reviews Urology le concept de complexe clitoro-urétro-vaginal : pas un organe unique, mais une zone où plusieurs structures travaillent ensemble.
Ce que les dissections ont cherché, et ce qu’elles n’ont pas trouvé
Les deux travaux les plus directs sur la question sont anatomiques et non déclaratifs : ils ne demandent pas aux femmes ce qu’elles ressentent, ils vont regarder dans le tissu.
Le premier, signé Nathan Hoag, Janet Keast et Helen O’Connell, paraît dans le Journal of Sexual Medicine en décembre 2017. Dissections systématiques de la paroi vaginale antérieure sur treize corps, de 32 à 97 ans. Conclusion : le point G, tel qu’on le décrit habituellement, n’apparaît pas comme une entité anatomique distincte.
Le second, publié en 2021 dans le Turkish Journal of Obstetrics and Gynecology par l’équipe de Sivaslıoğlu, prend le problème par l’imagerie. Quinze participantes, une IRM pour repérer d’éventuelles zones hyperintenses, puis des biopsies sur les zones repérées. Aucune densité neurovasculaire particulière n’a été observée. Les auteurs concluent qu’il n’y a pas de point G dans la paroi vaginale antérieure, et ils insistent d’autant plus que cette zone est devenue une cible d’injections esthétiques.
Petits effectifs dans les deux cas, il faut le dire. Mais les résultats vont dans le même sens, et aucune publication n’a apporté la démonstration inverse.
Alors qu’est-ce qu’on ressent, exactement ?
Ce qui est stimulé là n’est pas une structure isolée, c’est un voisinage. La paroi antérieure du vagin est bordée par l’urètre et, juste derrière, par les racines internes du clitoris.
Cette anatomie est documentée depuis l’étude d’Helen O’Connell et de ses coauteurs, parue en 2005 dans le Journal of Urology : le clitoris mesure 9 à 11 cm et reste majoritairement interne. Le gland visible n’en est que l’extrémité ; le corps, les piliers et les bulbes se déploient autour de l’urètre et du vagin. Appuyer sur la paroi antérieure, c’est donc solliciter du clitoris, par l’intérieur. Et comme la forme de cet ensemble varie d’une femme à l’autre, deux femmes peuvent décrire des sensations très différentes au même endroit.
Explorer cette zone sans en faire un examen
Rien de tout cela n’invalide les conseils pratiques. Ça les déplace : au lieu de viser un point, on fait varier trois paramètres et on observe.
La pression avant la position
Cette zone réagit à une pression appuyée et lente, orientée vers l’avant, pas à un frottement rapide. Avec les doigts, c’est un mouvement de crochet vers le nombril, maintenu. Et l’excitation doit être déjà installée : sur un corps qui n’est pas prêt, l’appui est au mieux neutre, au pire désagréable.
Les angles qui dirigent la pression vers le haut
En pénétration, ce sont la femme au-dessus penchée en arrière, les jambes relevées, ou des mouvements peu profonds et insistants plutôt que longs et rapides. J’ai détaillé ailleurs comment choisir une position selon l’accès au clitoris et l’angle du bassin : la logique est la même ici.
Le lubrifiant n’est pas un aveu d’échec
Une pression maintenue sur une muqueuse peu lubrifiée devient vite inconfortable. Un lubrifiant à base d’eau règle la question, y compris avec un sextoy à embout courbé, conçu précisément pour cet angle.
Ce que notre sexologue a répondu quand j’ai posé la question
Quand Yoann et moi avons consulté, j’ai fini par poser la question, un peu gênée, en m’attendant à une leçon d’anatomie. La réponse a été plus directe : chercher un point transforme un moment de plaisir en épreuve technique, avec quelqu’un qui cherche et quelqu’un qui attend un résultat.
Ce qui a changé les choses chez nous n’a rien d’une carte anatomique. On a arrêté de faire de cette zone un objectif, et remplacé « est-ce que tu le sens ? » par « qu’est-ce qui te fait quelque chose, là ». La nuance paraît minuscule. Elle enlève toute la pression de performance, des deux côtés.
Trois questions qui reviennent souvent
Toutes les femmes ont-elles un point G ?
La question est mal posée, puisqu’il ne s’agit pas d’un organe qu’on aurait ou pas. La sensibilité de la paroi antérieure, elle, varie beaucoup : certaines femmes y ressentent énormément, d’autres presque rien, et ce n’est ni un problème ni un manque.
Peut-on explorer cette zone seule ?
Oui, et c’est souvent plus efficace pour repérer ce qui vous fait de l’effet, sans le regard ni l’attente de quelqu’un d’autre. Deux doigts, un mouvement de crochet, du temps. Ce qu’on apprend ainsi se transmet ensuite beaucoup plus facilement.
Que penser des injections dites « de point G » ?
Elles ciblent une structure dont l’existence anatomique n’est pas démontrée, ce que soulignait l’équipe de Sivaslıoğlu en 2021. Ce type d’acte relève d’une décision médicale, à discuter avec un professionnel de santé, jamais sur la foi d’un article de blog.
Une précision pour finir, parce que le sujet touche à la santé : ce texte partage une lecture de publications et une expérience de couple, il ne remplace pas un avis professionnel. Une douleur pendant les rapports, une sécheresse persistante ou une absence de plaisir qui dure méritent une consultation.
Pour aller plus loin
Si la question de départ était surtout « comment lui donner plus de plaisir », c’est plutôt du côté des préliminaires que ça se joue.
Article entièrement réécrit le 8 août 2026.
Sources : Hoag, Keast et O’Connell, The Journal of Sexual Medicine, 2017 ; Sivaslıoğlu et coll., Turkish Journal of Obstetrics and Gynecology, 2021 ; Jannini, Buisson et Rubio-Casillas, Nature Reviews Urology, 2014 ; O’Connell, Sanjeevan et Hutson, Journal of Urology, 2005 ; Addiego et coll., Journal of Sex Research, 1981 ; Ladas, Whipple et Perry, The G Spot, 1982.
Sujets que je traiterai à part : l’éjaculation féminine et ce qu’on en sait vraiment, la sécheresse intime après 40 ans, et le rôle du périnée dans les sensations.
