On imagine toujours l’escroquerie sentimentale comme un piège grossier qu’on verrait venir. Elle ne fonctionne pas comme ça. Elle suit une progression lente, presque toujours la même, où chaque étape paraît raisonnable quand on la regarde seule. C’est cette séquence que je détaille ici, plutôt qu’une liste de signes isolés : reconnaître le scénario protège mieux que reconnaître un détail.
En bref
- La séquence type se déroule en cinq temps, sur plusieurs semaines à plusieurs mois.
- Refus persistant de la vidéo, sortie rapide de la plateforme et urgence financière forment le trio décisif.
- Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement enregistrées en France ont encore progressé de 8 % en 2025 (SSMSI).
- Une plainte se dépose en ligne sur la plateforme THESEE, et le numéro Info Escroqueries est le 0 805 805 817.
- 1 La séquence en cinq temps
- 2 Pourquoi le refus de la vidéo est le signe le plus fiable
- 3 Ce que dit la statistique publique
- 4 Les profils vagues et les messages recyclés
- 5 Ce n’est pas une affaire de genre ni de naïveté
- 6 Que faire si tu reconnais ta situation
- 7 Faut-il pour autant se méfier de tout le monde ?
- 8 Deux questions qui reviennent
La séquence en cinq temps
La fiche officielle de Cybermalveillance.gouv.fr décrit l’escroquerie sentimentale comme le fait, pour un escroc, de faire naître des sentiments chez sa victime afin de lui soutirer de l’argent. Voici comment ça se déroule concrètement, dans l’ordre.
- L’approche. Un profil très soigné, souvent avec des photos de qualité professionnelle et aucune image du quotidien. Le contact est chaleureux d’emblée.
- L’accélération. Déclarations précoces, messages nombreux, projet de vie évoqué au bout de quelques jours. C’est l’étape qui crée l’attachement, et elle est délibérée.
- Le déplacement. La conversation quitte le site de rencontre pour WhatsApp, Telegram, Instagram ou l’e-mail. Hors de la plateforme, il n’y a plus ni modération, ni signalement, ni trace exploitable par le service.
- L’isolement. Les proches deviennent « ceux qui ne comprennent pas ». La relation se referme, et le doute extérieur n’a plus d’accès.
- La demande. Elle arrive tard, sous un prétexte crédible : blocage bancaire, urgence médicale, billet d’avion pour enfin se rencontrer, douanes. Et elle se répète.
Pourquoi le refus de la vidéo est le signe le plus fiable
Parce que c’est le seul obstacle que la technique ne contourne pas facilement. Toutes les grandes applications proposent aujourd’hui l’appel vocal ou vidéo dans la messagerie. Un profil authentique finit par accepter, même timidement. Un faux profil enchaîne les excuses : caméra cassée, connexion mauvaise, décalage horaire, gêne.
La règle pratique que j’applique et que je conseille : pas de sentiment déclaré avant un visage vu en direct. Ça ne coûte rien, et ça élimine la quasi-totalité des scénarios ci-dessus avant l’étape 4.
La recherche d’image inversée, en trente secondes
Enregistre la photo du profil, envoie-la à Google Images ou à Google Lens. Si le même visage apparaît sous plusieurs identités, sur des sites de mannequins ou dans des articles étrangers, le doute est levé. Ce geste ne prouve pas l’authenticité quand il ne trouve rien, mais il démasque énormément de faux profils quand il trouve quelque chose.
Ce que dit la statistique publique
Les escroqueries et fraudes aux moyens de paiement enregistrées par la police et la gendarmerie ont augmenté de 8 % en 2025, selon le bilan statistique annuel du service statistique ministériel de la sécurité intérieure. La tendance dure depuis 2016, avec une hausse moyenne d’environ 7 % par an, et plus de la moitié de ces escroqueries sont désormais liées au numérique, contre 31 % dix ans plus tôt.
Ces chiffres agrègent toutes les escroqueries, pas seulement les sentimentales, et ils ne mesurent que les faits déclarés. La honte étant le premier frein au dépôt de plainte dans ce type d’affaire, le réel est nécessairement au-dessus.
Les profils vagues et les messages recyclés
Un compte qui reste flou sur son métier, sa ville et ses journées ne l’est pas par pudeur. Il l’est parce qu’un mensonge détaillé se contredit, et qu’un escroc qui mène vingt conversations en parallèle ne peut pas tenir vingt biographies. C’est aussi pour cette raison qu’on retrouve chez eux des messages qui ne font jamais référence à ton profil : ils sont envoyés en série.
Le test le plus simple reste la mémoire. Mentionne un détail donné dix jours plus tôt et regarde s’il rebondit dessus ou s’il glisse. Une personne réelle se souvient, ou dit qu’elle a oublié. Un compte industriel change de sujet.
Ce n’est pas une affaire de genre ni de naïveté
Les faux profils féminins servent surtout aux demandes d’argent, les faux profils masculins glissent souvent vers l’obtention de contenus intimes, ensuite utilisés pour du chantage. Aucun profil de victime type ne tient : ce qui rend vulnérable, c’est le moment de vie, pas le caractère. Un deuil, une séparation, une période d’isolement font bien plus que la crédulité.
C’est la raison pour laquelle je refuse le vocabulaire du « on s’est fait avoir ». On ne s’est pas fait avoir, on a été ciblé par un métier.
Que faire si tu reconnais ta situation
Les étapes recommandées par Cybermalveillance.gouv.fr sont simples et dans cet ordre : interrompre immédiatement la relation, conserver toutes les preuves (messages, numéros, coordonnées bancaires transmises), déposer plainte, informer la plateforme, prévenir sa banque, puis se faire accompagner.
Les recours officiels, à garder de côté
Plainte en ligne pour ce type d’infraction : plateforme THESEE, accessible depuis Service-public.fr, ou dépôt classique en commissariat et en gendarmerie.
Renseignement et orientation : Info Escroqueries, 0 805 805 817. Aide aux victimes : France Victimes, 116 006.
L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende (article 313-1 du code pénal). Selon la situation, l’abus de faiblesse (article 223-15-2) et le chantage (article 312-10) peuvent aussi être retenus.
Une précision qui compte : envoyer de l’argent ne fait pas de toi une complice ni une imprudente aux yeux de la loi. C’est le préjudice, et il se déclare.
Faut-il pour autant se méfier de tout le monde ?
Non, et ce serait le pire des résultats. La grande majorité des personnes inscrites cherchent exactement ce qu’elles disent chercher. Le bon réglage n’est pas la défiance permanente, c’est une poignée de règles fixes qu’on applique sans négocier avec soi-même : rester sur la plateforme au début, exiger un visage en direct, ne jamais envoyer d’argent, et signaler dès qu’un doute apparaît.
Ces quatre lignes tiennent sur un post-it. Elles suffisent à rendre la quasi-totalité des scénarios décrits ici impossibles.
Deux questions qui reviennent
Et si la personne a déjà tout mon argent ?
Contacte ta banque le jour même pour tenter de bloquer ou de contester les opérations, puis dépose plainte avec l’ensemble des échanges. Le délai joue beaucoup sur les chances de récupération.
Un profil vérifié par la plateforme est-il sûr ?
Plus sûr, pas sûr. Une vérification par selfie ou par téléphone confirme qu’un humain est derrière le compte, pas qu’il dit la vérité sur son identité ou ses intentions.
Pour prolonger
Une fois ces réflexes en place, reste la vraie question : où chercher, et comment se présenter pour attirer les bonnes personnes.
Article entièrement réécrit le 11 août 2026.
Sources : Cybermalveillance.gouv.fr, fiche réflexe « Comment réagir en cas d’escroquerie sentimentale ? » ; service statistique ministériel de la sécurité intérieure, bilan « Insécurité et délinquance en 2025 » ; code pénal, articles 313-1, 223-15-2 et 312-10.
Sujets que je traiterai à part : le chantage à la vidéo intime et la marche à suivre immédiate, et ce que les plateformes vérifient réellement derrière le badge « profil vérifié ».
