Voilà une différence amusante entre les deux « points » dont tout le monde parle : le point G féminin n’a jamais été retrouvé comme structure anatomique distincte, alors que le point P, lui, correspond à un organe parfaitement identifié, que n’importe quel urologue peut palper. Ce qui reste discuté chez l’homme n’est donc pas l’existence de la zone, c’est la façon dont elle produit du plaisir.
En bref
- Le point P n’est pas un point mystérieux, c’est la prostate : un organe réel, palpable, décrit depuis toujours en anatomie.
- Roy Levin, dans Clinical Anatomy en 2018, souligne que les orgasmes d’origine prostatique sont documentés par des témoignages mais très peu étudiés physiologiquement.
- L’anus ne produit aucune lubrification naturelle : le lubrifiant n’est pas un confort, c’est une condition de sécurité.
- Tout accessoire introduit doit avoir une base évasée. Sans elle, le risque de corps étranger bloqué est réel et fréquent.
Où se trouve exactement la prostate
La prostate est une glande de l’appareil génital masculin, de la taille d’une châtaigne chez l’adulte jeune, placée juste sous la vessie et traversée par l’urètre. Elle produit une partie du liquide séminal. Le rectum passe juste derrière elle, ce qui explique tout le reste : c’est par sa paroi antérieure, celle qui est orientée vers le ventre, qu’on la sent, à quelques centimètres de l’entrée.
C’est d’ailleurs par ce chemin qu’un médecin la palpe lors d’un toucher rectal. Autrement dit, la localisation n’a rien d’ésotérique, contrairement à ce que laissent croire les articles qui présentent le point P comme un trésor caché.
Ce que la recherche dit vraiment, et ce qu’elle ne dit pas
Roy Levin a publié en 2018 dans Clinical Anatomy une revue consacrée aux orgasmes induits par la prostate. Son constat mérite d’être cité tel quel : la fonction reproductive de la prostate est très documentée, sa fonction « récréative » l’est très peu. Les descriptions d’orgasmes prostatiques reposent surtout sur des témoignages, et l’hypothèse la plus souvent avancée fait intervenir le plexus nerveux prostatique, un réseau de nerfs partagé avec le pénis et l’urètre.
Ce que je retiens de cette littérature, c’est une position honnête : le plaisir décrit est réel et rapporté par beaucoup d’hommes, la mécanique précise reste une hypothèse. Ceux qui vous promettent un « orgasme garanti en trois gestes » vendent une certitude que personne n’a.
La conversation avant le geste
C’est la partie que la plupart des guides expédient, et c’est pourtant celle qui décide de tout. La stimulation anale reste, pour beaucoup d’hommes, chargée de représentations sur ce qu’elle voudrait dire d’eux. Aborder le sujet en dehors du lit, sans enjeu, et l’aborder comme une proposition plutôt que comme une surprise, change complètement la façon dont il est reçu.
Un accord obtenu au milieu d’un rapport, dans le flou, n’en est pas vraiment un. Chacun doit pouvoir dire non sans se justifier, et dire stop en cours de route sans que ça devienne une affaire.
Les règles de sécurité qui ne se discutent pas
Le rectum se prolonge par le côlon et ne comporte aucune barrière naturelle capable de retenir un objet. C’est ce détail anatomique qui explique le seul chiffre solide du sujet : une analyse publiée dans The American Journal of Emergency Medicine en 2023, à partir du registre américain NEISS, estime à près de 39 000 le nombre de passages aux urgences pour corps étranger rectal entre 2012 et 2021, dont un peu plus de la moitié impliquaient un accessoire sexuel.
- Base évasée obligatoire. Tout ce qui entre doit disposer d’un pavillon large, impossible à aspirer vers l’intérieur. Aucun objet détourné, aucun jouet vaginal sans base.
- Lubrifiant, généreusement. L’anus ne se lubrifie pas. Un lubrifiant à base d’eau convient à toutes les matières ; le silicone attaque les accessoires en silicone.
- Ongles courts et limés si vous utilisez les doigts, et de préférence un gant ou un doigtier fin. La muqueuse rectale se raye très facilement.
- Matière non poreuse et nettoyage après chaque usage. Un préservatif sur l’accessoire simplifie beaucoup l’entretien.
- Jamais du rectum vers le vagin sans changer de gant, de préservatif ou d’accessoire, pour éviter tout transfert bactérien.
- La douleur est un signal d’arrêt, pas une étape à franchir. Saignement, douleur qui persiste après coup, fièvre : direction le médecin.
Comment s’y prendre, concrètement
La position compte plus qu’on ne croit : allongé sur le dos, genoux repliés, ou sur le côté, le corps est bien plus détendu que debout ou accroupi. Le sphincter met du temps à se relâcher, et rien ne s’obtient contre lui.
L’entrée se fait doucement, avec un seul doigt bien lubrifié, en s’arrêtant à chaque étape. La zone se situe vers l’avant, du côté du nombril, et se reconnaît à sa texture légèrement plus ferme que le reste. Le mouvement qui fonctionne le mieux ressemble à un « viens ici » très lent, ou à une pression maintenue, plutôt qu’à un va-et-vient rapide.
Beaucoup d’hommes ressentent d’abord une envie d’uriner très nette. C’est normal, la vessie est juste au-dessus, et ça passe généralement en quelques secondes. Pour un premier essai, associer cette stimulation à une stimulation pénienne rend l’ensemble beaucoup plus lisible qu’une exploration isolée.
Côté accessoires, un plug prostatique courbé et à base large donne plus de sensations qu’un doigt et fatigue moins la main, à condition de commencer par le plus petit diamètre disponible. C’est le même principe que pour n’importe quel jouet intime : la taille ne fait pas la qualité de la sensation.
Deux idées reçues à ranger
La première : « ça dit quelque chose de l’orientation sexuelle ». Non. Une prostate se stimule chez tous les hommes, avec les mêmes nerfs, quelle que soit la personne avec qui ils sont. Aimer une sensation ne redéfinit l’identité de personne.
La seconde : « c’est bon pour la prostate ». Là aussi, non. On confond souvent avec les travaux sur la fréquence d’éjaculation, comme ceux de Jennifer Rider publiés dans European Urology en 2016, qui sont observationnels et ne montrent d’ailleurs aucun lien avec les formes agressives du cancer. Le plaisir se suffit comme motif ; il n’a pas besoin d’un alibi médical.
Et pour la comparaison avec l’autre point, celui dont on parle depuis les années 1980, j’ai détaillé ce que les dissections ont réellement trouvé dans mon article sur ce qu’est vraiment le point G.
Questions fréquentes sur le point P
Le point P existe-t-il vraiment ?
La prostate existe et sa localisation ne fait aucun doute. Ce qui reste discuté est le mécanisme de l’orgasme qu’elle peut déclencher, faute d’études physiologiques suffisantes, comme le rappelle la revue de Roy Levin parue dans Clinical Anatomy en 2018.
Peut-on jouir uniquement par la prostate ?
C’est rapporté par une partie des hommes, avec ou sans éjaculation, et décrit comme plus long et plus diffus qu’un orgasme pénien. Ce n’est ni systématique ni un objectif à atteindre : beaucoup y trouvent une sensation agréable sans jamais aller jusque-là.
Faut-il un lavement avant ?
Ce n’est pas indispensable. Une hygiène normale et le fait d’être allé à la selle suffisent dans la plupart des cas. Les lavements répétés irritent la muqueuse et déséquilibrent la flore, mieux vaut donc ne pas en faire une habitude.
Quand faut-il consulter ?
Devant tout saignement, toute douleur qui persiste après le rapport, toute fièvre, tout trouble urinaire, ou si un objet ne peut pas être retiré. Dans ce dernier cas, direction les urgences sans attendre et sans tenter d’improviser.
Ce que je trouve le plus intéressant dans ce sujet, ce n’est finalement pas la technique. C’est qu’il oblige à parler, à demander, à accepter un refus. Chez nous, ce sont exactement les conversations qui ont manqué le plus longtemps, et que le sexologue que nous avons consulté avec Yoann nous a appris à avoir. Le reste, ce ne sont que des gestes.
Pour prolonger
Si l’idée d’un accessoire vous intéresse, le choix de la matière et de la forme compte davantage que la promesse du fabricant.
Article entièrement réécrit le 12 août 2026.
Sources : Roy J. Levin, « Prostate-induced orgasms: A concise review illustrated with a highly relevant case study », Clinical Anatomy, vol. 31 n° 1, 2018 ; « Epidemiology and healthcare utilization for rectal foreign bodies in United States adults, 2012-2021 », The American Journal of Emergency Medicine, 2023 ; Jennifer R. Rider et coll., European Urology, vol. 70, 2016.
Cet article donne une information générale et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un sexologue.
Sujets que je traiterai à part : le plancher pelvien masculin, et les orgasmes sans éjaculation.
