Quels sont les fantasmes des hommes et comment les réaliser ?

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Sexualité

Derrière la question « quels sont les fantasmes des hommes », il y en a presque toujours une autre, moins avouable : est-ce que le mien est normal. Des chercheurs ont pris la peine d’y répondre sérieusement, en interrogeant plus de quinze cents personnes sur cinquante-cinq scénarios, et en définissant à l’avance ce que « rare » et « inhabituel » voulaient dire. Leur conclusion vaut le détour : la très grande majorité des fantasmes qu’on croit bizarres sont en réalité partagés par la moitié de la population.

Réponse directe : les fantasmes masculins les plus fréquents tournent autour du multipartenariat, des jeux de domination et de soumission, des lieux inhabituels et des scénarios de rôle. L’étude de Christian Joyal et de son équipe (The Journal of Sexual Medicine, 2015) montre que sur 55 fantasmes testés auprès de 1 516 adultes, seuls 2 sont réellement rares. Un fantasme n’est pas une intention, et sa réalisation ne se décide qu’à deux, avec un accord réversible à tout moment.

En bref

  • Joyal, Cossette et Lapierre (2015) : 1 516 adultes, 55 fantasmes évalués, seuils fixés à l’avance. Résultat : 2 fantasmes rares, 9 inhabituels, 30 communs, 5 typiques.
  • La domination et la soumission arrivent parmi les thèmes communs aux deux sexes, pas seulement chez les hommes.
  • Fantasmer n’est ni une intention ni une promesse : l’imaginaire fonctionne sans engagement.
  • Un fantasme réalisé dans un lieu accessible aux regards relève de l’exhibition sexuelle, punie par l’article 222-32 du code pénal.

L’étude qui a mis des chiffres là où il n’y avait que des impressions

Elle s’intitule « What Exactly Is an Unusual Sexual Fantasy? » et elle a été publiée en 2015 dans The Journal of Sexual Medicine par Christian Joyal, Amélie Cossette et Vanessa Lapierre. Son intérêt n’est pas de dresser un palmarès, mais de poser d’abord une définition : à partir de quel pourcentage un fantasme mérite-t-il d’être appelé inhabituel ?

Les auteurs ont interrogé 1 516 adultes, 799 femmes et 717 hommes, sur 55 scénarios, en fixant leurs seuils avant de regarder les résultats. Ça change tout : impossible de décréter après coup qu’une pratique est déviante parce qu’elle dérange.

Catégorie Seuil retenu par les auteurs Nombre de fantasmes concernés
Rare 2,3 % ou moins 2
Inhabituel 15,9 % ou moins 9
Commun plus de 50 % 30
Typique plus de 84,1 % 5

Trente fantasmes communs sur cinquante-cinq testés. C’est la donnée à retenir avant toute autre : statistiquement, ce que vous imaginez le soir a de fortes chances d’être imaginé par la personne assise en face de vous dans le métro.

Les thèmes qui reviennent, sans classement de magazine

Le multipartenariat

C’est le thème le plus visible dans les enquêtes, et il recouvre des choses très différentes : le trio, le fait d’imaginer un partenaire supplémentaire, ou simplement une scène de groupe sans scénario précis. L’enquête menée par le chercheur américain Justin Lehmiller auprès de 4 175 adultes, publiée dans son livre Tell Me What You Want en 2018, le retrouve en tête des catégories citées.

Deux précautions sur ce chiffre : l’échantillon a été recruté en ligne, il n’est donc pas représentatif de la population générale, et il concerne les États-Unis. Il donne une tendance, pas une mesure. Ce qu’on peut dire avec plus d’assurance, c’est que ce fantasme est très souvent cité et très rarement mis en pratique, parce qu’il engage bien plus que du désir.

Domination et soumission

C’est là que l’étude de Joyal casse le plus de clichés : ces thèmes figurent parmi les fantasmes communs, et ils le sont chez les femmes comme chez les hommes. Autrement dit, ce n’est pas un territoire masculin où les femmes seraient invitées, c’est un terrain partagé.

Ces scénarios reposent sur un déséquilibre de pouvoir consenti et provisoire. Prendre le contrôle ou le lâcher n’a rien à voir avec la façon dont on se comporte au bureau ou dans son couple, et les gens qui pratiquent ce type de jeux sont en général bien plus rigoureux sur le consentement que la moyenne. Si le sujet vous intéresse concrètement, j’ai écrit un guide à part sur comment aborder une première initiation au BDSM sans se tromper de matériel.

Les lieux inhabituels

La voiture, la plage, un ascenseur, un bureau vide. L’excitation vient de l’interdit et du risque perçu, ce qui explique aussi pourquoi ce fantasme perd souvent son intérêt une fois réalisé : le risque disparaît, il ne reste que l’inconfort.

Il y a ici une limite qui n’est pas une question de morale mais de droit, et je trouve utile de la poser noir sur blanc. En France, l’article 222-32 du code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public. Le texte précise même qu’il n’est pas nécessaire qu’une partie dénudée du corps soit exposée : un acte sexuel explicite, réel ou simulé, suffit. Un fantasme de lieu public se joue donc dans un endroit réellement privé, ou reste dans la tête.

Les scénarios de rôle

Uniformes, inconnus, retrouvailles inventées : c’est la famille de fantasmes la plus facile à transposer, parce qu’elle ne demande ni tiers, ni lieu risqué, ni matériel. Elle est aussi la plus souvent négligée, sans doute parce qu’elle a l’air moins spectaculaire.

Statistiquement, ce que vous imaginez le soir a de fortes chances d’être imaginé aussi par la personne assise en face de vous dans le métro.

Non, l’imaginaire masculin n’est pas une planète séparée

L’idée que les hommes fantasmeraient sur des images et les femmes sur des sentiments est une simplification qui tient mal. Les travaux de Joyal montrent un large recouvrement des thèmes entre les deux groupes, avec des différences d’intensité plutôt que de nature.

Cette observation rejoint une synthèse plus large : en 2005, dans American Psychologist, la psychologue Janet Hyde a passé en revue 46 méta-analyses et 124 tailles d’effet pour conclure que 78 % des différences psychologiques mesurées entre les sexes sont petites ou négligeables. Les écarts existent, ils sont réels, mais ils sont écrasés par les différences entre individus d’un même sexe.

La conséquence pratique compte plus que le débat : partir du principe que votre partenaire n’a pas le même genre de fantasmes que vous, uniquement parce qu’elle est une femme, est le meilleur moyen de ne jamais lui poser la question.

En parler sans provoquer un séisme

Le contexte fait plus que les mots

Une confidence de ce type ne se lance pas juste après un rapport, ni au milieu d’une dispute, ni en réponse à « il faut qu’on parle ». Le bon moment ressemble plutôt à une conversation détendue, à un moment où rien n’est en jeu et où personne n’attend rien.

Ce qui désamorce le mieux, à mon expérience, c’est de commencer par écouter. Demander à l’autre ce qui l’intrigue avant d’exposer ce qui vous obsède change complètement la température de l’échange.

Dire ce qu’on cherche, pas seulement la scène

« J’aimerais essayer tel scénario » est une phrase qui laisse l’autre seul face à une image. « Ce qui m’attire là-dedans, c’est de perdre le contrôle » ouvre une porte beaucoup plus large, parce que ce besoin peut se satisfaire de dix façons différentes, dont neuf ne ressemblent pas du tout à la scène initiale.

Passer à l’acte : trois filtres avant de dire oui

  1. Le consentement doit rester réversible. Un accord donné il y a trois semaines n’engage personne le soir venu. Chacun peut arrêter à tout moment, sans justification et sans que ça devienne un sujet de reproche le lendemain.
  2. Le fantasme doit pouvoir être adapté. Beaucoup de scénarios se transposent : jouer la scène plutôt que la vivre, changer de décor, introduire un objet, en parler pendant l’acte sans rien réaliser. La version symbolique fonctionne souvent aussi bien, et coûte infiniment moins cher au couple.
  3. La question qui tranche : qu’est-ce qu’on fait si ça se passe mal ? Si la réponse est floue, le projet n’est pas mûr. C’est particulièrement vrai pour tout ce qui fait entrer une troisième personne, où le risque n’est pas l’échec technique mais la jalousie découverte après coup.

Et il faut accepter qu’une part des fantasmes ne soit tout simplement pas faite pour être vécue. Ce n’est pas un renoncement. Un imaginaire qui reste imaginaire garde une puissance qu’une réalisation médiocre détruit en une soirée.

Ce que ça a donné chez nous

Quand Yoann et moi avons commencé à en parler, en consultation puis à la maison, ma crainte était double : découvrir quelque chose que je ne voulais pas savoir, et me sentir insuffisante. Aucune des deux ne s’est vérifiée, et je crois que c’est parce qu’on a suivi l’ordre inverse de celui qu’on imagine.

On n’a pas commencé par les scénarios, mais par ce que chacun cherchait derrière. Une fois cette conversation faite, les fantasmes eux-mêmes ont perdu leur charge explosive. Certains se sont retrouvés dans notre vie sexuelle sous une forme atténuée, d’autres sont restés à l’état de discussion. Aucun n’a nécessité de bouleverser quoi que ce soit.

Un dernier mot, parce que le sujet touche à l’intime et parfois au mal-être : cet article partage une lecture de travaux publiés et une expérience de couple, il ne remplace pas l’avis d’un professionnel. Un fantasme qui devient envahissant, qui provoque de la honte durable ou qui met en jeu des personnes non consentantes se parle avec un sexologue ou un psychologue, pas avec un moteur de recherche.

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Si l’envie de changer quelque chose est là mais que le mot « fantasme » vous paraît trop chargé, commencez plus doucement.

Des idées simples pour sortir de la routine à deux

Article entièrement réécrit le 10 août 2026.
Sources : Christian C. Joyal, Amélie Cossette et Vanessa Lapierre, « What Exactly Is an Unusual Sexual Fantasy? », The Journal of Sexual Medicine, 2015 ; Justin J. Lehmiller, Tell Me What You Want, Da Capo Press, 2018 (enquête menée en 2014 auprès de 4 175 adultes américains, échantillon non probabiliste) ; Janet Shibley Hyde, « The Gender Similarities Hypothesis », American Psychologist, vol. 60, 2005 ; code pénal, article 222-32.
Sujets que je traiterai à part : les fantasmes féminins vus par la même étude, la jalousie rétrospective après une confidence, et les limites à poser avant d’ouvrir un couple.